Archive for the Poètes Grecs traduits en français Category

Les traductions françaises de l’Electrographie (2006)

Posted in Poètes Grecs traduits en français on Δεκέμβριος 11, 2015 by Le grand écrivain

Οι Γαλλικές μεταφράσεις της Ηλεκτρογραφίας / Les traductions françaises de l’Electrographie (2006)

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Z. D. AINALIS


COQUILLAGE

Me voici l’été collectant à nouveau des coquillages
l’un d’entre eux décore maintenant mon jardin
j’y ai planté des tulipes
et une lampe jaune
il éclaire étrangement
les nuits
où je m’absente
à moi-même
je me promène sur les terrasses grises
je fais des tractions sur des antennes cassées
dans des ciels arides
plumant des ailes étrangères
et ensuite
une pelote
d’objets pointus
moi ma colère ma barbe
grille-pains défoncés
radios amputées
tôles
et des douleurs intactes
entassées
les équipes de sauvetage aboient triomphalement
chaque fois qu’elles trouvent un morceau de moi
sans savoir qu’en dessous
je serai absent

Electrographie (Ηλεκτρογραφία, 2006)
Traduit du grec par Clio Mavroeidakos
Le lien – Desmos, no 44 (Poètes Grecs d’aujourd’hui), 2015, σ. 34

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Z.D. Aïnalis traduit en français

Posted in Poètes Grecs traduits en français on Δεκέμβριος 4, 2011 by Le grand écrivain

Edvard Munch, Ashes

Z.D. AÏNALIS

Traduction Michel Volkovitch

http://www.volkovitch.com/

ULYSSE

 

La prison que j’avais dans ma tête

je m’en suis délivré à bas prix

pour un paquet de cigarettes acheté

place Omònia dans un kiosque à femmes nues

maintenant je marche à peu près comme un homme libre

agitant il est vrai un peu plus que nécessaire

mon parapluie

voilà soudain que souffle un sirocco

tout mon corps se soulève

et je marche sur les toits de la ville

pourris par les pluies et l’azote

et en bas sur le fond pillé

de l’Achéron immense urne funéraire

remuant la lie des beuveries ancestrales

coulées de sperme d’huile meurtres mégots chairs décomposées

ossements des morts

empereurs antiques héros glorieux

et ma mère je m’y attendais pas

putain mais qu’est-ce qu’elle vient faire là

son idiote de belle fille dans un bordel de Benghazi

s’est mise à parler

un rat est venu lui bouffer la langue

comprenant que je n’étais pas encore des leurs

travailleur saisonnier petits boulots

éboueur

à durée déterminée

j’ai eu des soupçons parfois

et des centaines de petites aiguilles me déchiraient le cœur

pourtant je prenais grand soin d’éviter que se déchire

mon costume en chaux

et qu’en dessous apparaisse l’icône toute nue

immaculée

écrasante

l’image

la vraie

 

PÉNÉLOPE

 

Le visage humain après ce qu’on en a fait est plein de fissures

chaque matin au réveil une fois lavé avant de s’essuyer

mouillé encore

dans le miroir on les compte

rappel des vaines promesses de bonheur

un jour j’ai effleuré du doigt

les lèvres de la plus grande

elles s’ouvraient vagin ardent

avec horreur j’ai regardé le gouffre ouvert là-dessous

ténèbres à perte de vue

j’ai mis les doigts et

soudain je m’enfonçais

chose inespérée

je m’enfonçais

dans une humide inexistence

et sans aucune lumière nulle part où s’accrocher

vertige

alors j’ai souhaité le fond comme une délivrance pleine de sang

pas eu le temps

dans le dernier tour l’énorme filet de l’araignée

me rappelant

mon destin

 

TÉLÉMAQUE

 

Mes mains coupées à la dernière guerre furent le butin de braconniers

qui mirent dans des chaines rouillées ce qui restait

c’est pourquoi tu me vois là tenir entre mes dents l’encrier

peindre avec la langue

la page constellée de gouttes

de mon sang

ce qui reste des lèvres chairs déchirées

gencives émail dents cassées

larmes bave

et je ne parle pas de moi

mais ma mère cette salope me dégoûte

qui ouvre la fenêtre à des tentations par dizaines

et les fait bander

la chienne

puis largués la douche froide

jouissant de son royal pouvoir sur tant de mâles

même si la fouettait affreusement la fournaise de la chair

chaque fois qu’elle s’éveillait drapée dans la vigueur de l’aube

vaincue par les fantômes de la nuit

et pourtant

je ne parle pas de moi

c’est pourquoi ces jours-ci je pense tellement à Néoptolème

et à tant d’autres

 

génération brûlée

ma génération

 

(Electrographie)

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Thodoris Rakopoulos traduit en français

Posted in Poètes Grecs traduits en français on Νοέμβριος 16, 2011 by Le grand écrivain

Thodoris Rakopoulos

Traduction Michel Volkovitch

 

OBJECTIF

 

Comme quand on pose longuement

devant l’appareil

qu’on découvre ensuite

sans pellicule

 

bleu le mercure coulant dans les veines

tandis qu’autour la ville — dans un million de bouches —

lève l’aiguille des minutes : si

lence, un tremblé enfermé dans le plâtre.

la fille porte gauchement l’horizon, ne sait comment se tourner.

 

dans la hauteur : mer

nets coups de pinceau dans

ce qui est resté de verre sur la rive

contenant les anciennes vagues.

 

voilà tout ce que je sais du paysage :

la suite est restée

dans l’appareil.

 

SURFACE

 

Il s’est donc arrêté devant

avec son poumon traversé

et une bouteille sans bouchon

ni message dedans

 

avec la gêne de l’intrus

sur le seuil un dimanche

quand toutes les caves ont fermé

 

«mon vieux Pan» ai-je dit «tu viens de la terre et tu sens

comme au temps où tu creusais les champs ; pareil ; entre».

 

Il n’a pas répondu — n’avait même pas l’air

d’avoir compris ; regardait lentement ma poitrine

comme pour chercher les sous-titres

en sortant un mouchoir constamment rouge

pour essuyer de son front son esprit goutte à goutte.

 

Pan n’était pas dans la langue.

Il «ne l’avait pas» comme disent les créateurs de mots.

Il était sur une photo noire, blotti dans son vieux vêtement.

 

note : ce poème est sorti l’alarme allumée

dès que j’ai dépassé quelqu’un qui te ressemblait mon vieux Pan

immobile dans la brise de la vigne

sa chemise enfumée

il calculait l’arithmétique des oiseaux.

 

ET IN ARCADIA EGO

 

Espace-temps d’Artémis

 

le monde entrait traînant toutes ses réalités

dans la terre

encerclé de silex. et soudain

je me suis retrouvé dans l’eau

— de même que le réveil désespéré achève la fuite

et que le jour devant la voix dresse un mur —

 

le poème est redevenu encre est devenu

polype m’attirant dans les profondeurs pour que je compte

les bagues perdues des poissons.

 

et après l’avoir portée bijou funéraire en terre

fraction d’éternité —

je respire par le flanc

mon roseau étant ta flèche.

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Z. D. Ainalis traduit en français par Michel Volkovitch

Posted in Poètes Grecs traduits en français on Νοέμβριος 17, 2010 by Le grand écrivain

Jean-Michel Basquiat, Untitled (skull), 1984

Z. D. AÏNALIS

Traduction M. Volkovitch

Petite monnaie

à mon frère

Les feuilles du bitume

jaunes

pourrissent et sombrent

sous la surface lisse des eaux

maintenant

rien

j’attends le printemps cette putain

en vain

le calendrier collé à l’automne

bien sûr les experts et les faiseurs d’oracles

depuis des années

prédisent

la suppression de l’alternance harmonieuse

la fin de la saison des saisons

moi

immobile

jambe cassée

je tourne sur moi-même

coq des hauteurs

selon le vent

bien que m’ait prévenu

le maître des révolutions

lui regardait l’avenir

ma rétine à moi examine le passé

nous deux ensemble

dessinions d’une manière complémentaire

un présent

forgé

 

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Nikolas Evandinos traduit en français par Michel Volkovitch

Posted in Poètes Grecs traduits en français on Φεβρουαρίου 3, 2010 by Le grand écrivain

Jean Michel Basquiat, Untitled (1982)

Nikolas Evandinos


(Traduction Michel Volkovitch)


DONNE ŒUF DEBOUT


Je donne l’œuf de Colomb,

c’est-à-dire

mon imagination têtue,

la rudesse de mes manières,

la forme hérétique de mon désir,

à l’incrédule voisin de mon âme personnelle

quel que soit le prix.

Ainsi me laissera-t-il peut-être voyager

dans les eaux inconnues de mon âme personnelle.

La cuiller je ne la donne pas.

La cuiller qui brise la coque

pour que l’œuf tienne debout

je ne le donne pas.

Ce qui se rit du pénible

et le rend possible autrement

je ne le donne pas.

Le poème je le donne.

Mais pas ce qui en fait un poème.

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Yannis Stigkas traduit en français

Posted in 6 Jeunes poètes Grecs traduits en français on Ιανουαρίου 20, 2010 by Le grand écrivain

Os Gêmeos, Molotof

Yannis Stigkas


Traduction Z. D. Ainalis

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Le Comte de Lautréamont


Alors que tout était prêt

la mèche, l’essence, le vent

dans la voie de mon chagrin

et qu’il fallait que tout s’éteigne

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le rêve ne suffisait même pas pour d’amadou

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ah, ma mère avait raison :

ce chemin que tu poursuis, mon fils, t’amènera nulle part

dans tes yeux je ne vois que des mots étouffés

semble-t-il que le néant t’a touché précocement à l’heure de ta naissance

prends au moins les vœux d’une vieille femme

tout comme ces allumettes


Alors que tout était prêt

(je vous assure, mes mains ne tremblaient point)

à ce moment-là ce vieux amis de moi, Isidore,

fait son apparition de l’inconnu

« Non ! » il crie

et il s’empare brusquement les allumettes

« à la rigueur accepte mes gants pour défier autant

le noir que la lumière

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et mon bâton, aussi, afin que tu ne glisses pas

durant tes insomnies

– tu peux d’ailleurs l’utiliser comme un levier –

et accepte encore mon vieux chapeau

que j’avais –combien d’années !– comme ange

oh, si tu savais seulement combien des cris

peuvent s’entasser à son fond

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et, enfin, avant que tu fasses la moindre chose,

rappelle-toi de luire tes propres chaussures – salaud ! »

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« Isidore ! Je ne te reconnais pas! » je lui dis

« non » il dit

« nous fûmes entrés au miracle à genoux,

à la rigueur, sortons-nous comme des hommes ».

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Poètes de Thessalonique traduits en français par Michel Volkovitch

Posted in Poètes Grecs traduits en français on Δεκέμβριος 2, 2009 by Le grand écrivain

Poètes de Thessalonique traduits en français par Michel Volkovitch

THESSALONIQUE ! THESSALONIQUE !

Quand tu verras pointer l’aube du dernier jour,

et que tu entendras, détrompé, plein d’horreur,

devant ta porte un bruit de rêves qui s’écroulent,

sans qu’il te soit laissé le temps de vains regrets,

sous tes faibles paupières, alourdies de douleur,

efforce-toi, rempli d’amour et de tendresse,

d’enfermer la vision immense de la ville

que tu aimas toujours avec passion.

Que ton désir, avant de la perdre à jamais

la façonne du moins au feu des derniers rêves

comme en ces jours où plein de nobles illusions,

nonchalant, tu traînais le pas dans ses ruelles.

Que ses vastes bassins où les bateaux s’entassent,

qui affrontent sans peur la mer et ses courants,

et les quais tout bruissants des cris de leurs marins

flottent dans ta mémoire, image fugitive.

Efforce-toi, dans le vertige de ton rêve,

de retenir aussi ces yeux qui pleins d’angoisse

et de beauté, par les barreaux d’une fenêtre

sur le pavé humide accompagnaient tes pas.

Efforce-toi, fais tout afin de retenir

cette vision, car plus que mille vaines vies

mieux vaut la mort à l’ombre de tels yeux.

Yorgos Vafopoulos, Les roses de Myrtale, 1931.

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