Les traductions françaises de l’Electrographie (2006)

Οι Γαλλικές μεταφράσεις της Ηλεκτρογραφίας / Les traductions françaises de l’Electrographie (2006)

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Z. D. AINALIS


COQUILLAGE

Me voici l’été collectant à nouveau des coquillages
l’un d’entre eux décore maintenant mon jardin
j’y ai planté des tulipes
et une lampe jaune
il éclaire étrangement
les nuits
où je m’absente
à moi-même
je me promène sur les terrasses grises
je fais des tractions sur des antennes cassées
dans des ciels arides
plumant des ailes étrangères
et ensuite
une pelote
d’objets pointus
moi ma colère ma barbe
grille-pains défoncés
radios amputées
tôles
et des douleurs intactes
entassées
les équipes de sauvetage aboient triomphalement
chaque fois qu’elles trouvent un morceau de moi
sans savoir qu’en dessous
je serai absent

Electrographie (Ηλεκτρογραφία, 2006)
Traduit du grec par Clio Mavroeidakos
Le lien – Desmos, no 44 (Poètes Grecs d’aujourd’hui), 2015, σ. 34

LE TEMPS

a une forme
des angles
polyèdre polygone
il risque
de te blesser
la nuit quand tu te lèves pour boire
dans le noir à tâtons
agitant spasmodiquement les mains aveugle
un peu de sang
à présent coule
du bout de tes doigts
et sur ta poitrine
une ombre noire
est posée
qui boit
ton cœur
citerne
pleine de sang
il contient la mer entière
et toute la douleur
sauf
celle du temps
il a une forme
tu peux l’attraper
le courber
fil de fer
pour tenter de forcer la serrure
de maisons de coffres étrangers
de journaux intimes d’adolescentes
impatient de lire leurs secrets
sous les couvertures
les paquets de lettres du soldat parti au front
du soldat qui n’est pas rentré du front
l’année suivante
il a une forme
variable pyramide pagode ziggourat
il faut que tu t’en empares
et qu’il crache ses secrets
en bas dans les grottes marines
l’eau salée lèche les rochers
une main
montre
aux parois les peintures
d’un âge mort
Altamira n’a pu le découvrir
boiteuse
les deux jambes cassées
angoissée elle se demande alors
comment quand et qui
le temps dit-elle
est le meilleur médecin
il a une forme
le scalpel plonge avidement
dans toutes les chairs
du sang du sang toujours du sang

—-

FEMME

Je t’ai imaginée dans l’aquarium
nue
toute nue et seule
parmi des poissons exotiques de toutes couleurs
barbouillée
noir aux yeux lignes noires du maquillage
un chien de mer pendu par les dents à tes lèvres
teintes en rouge par le sang
tes tétons sombres posés sur les hauts fonds
de tes seins
rochers sous-marins récifs
où se glissent des murènes sournoises et des poulpes
ta toison frisée algues qui poussent
entre tes jambes
bercées au rythme des courants où se cachent
d’étranges créatures des grands fonds phosphorescentes
tout autour dansent des poissons sans but hostiles comme toujours
un plongeur en plastique agite mécaniquement ses jambes jaunes
un sous-marin jouet posé au fond
on peut voir par le hublot le marin mort
alentour faux rochers fausses plantes
une foule d’hameçons coulaient lentement torpillés

Tu pleurais

——

PETITE MONNAIE

à mon frère

Les feuilles du bitume
jaunes
pourrissent et sombrent
sous la surface lisse des eaux
maintenant
rien
j’attends le printemps cette putain
en vain
le calendrier collé à l’automne
bien sûr les experts et les faiseurs d’oracles
depuis des années
prédisent
la suppression de l’alternance harmonieuse
la fin de la saison des saisons
moi
immobile
jambe cassée
je tourne sur moi-même
coq des hauteurs
selon le vent
bien que m’ait prévenu
le maître des révolutions
lui regardait l’avenir
ma rétine à moi examine le passé
nous deux ensemble
dessinions d’une manière complémentaire
un présent
forgé

TROIS POÈMES


ULYSSE


La prison que j’avais dans ma tête
je m’en suis délivré à bas prix
pour un paquet de cigarettes acheté
place Omònia dans un kiosque à femmes nues
maintenant je marche à peu près comme un homme libre
agitant il est vrai un peu plus que nécessaire
mon parapluie
voilà soudain que souffle un sirocco
tout mon corps se soulève
et je marche sur les toits de la ville
pourris par les pluies et l’azote
et en bas sur le fond pillé
de l’Achéron immense urne funéraire
remuant la lie des beuveries ancestrales
coulées de sperme d’huile meurtres mégots chairs décomposées
ossements des morts
empereurs antiques héros glorieux
et ma mère je m’y attendais pas
putain mais qu’est-ce qu’elle vient faire là
son idiote de belle fille dans un bordel de Benghazi
s’est mise à parler
un rat est venu lui bouffer la langue
comprenant que je n’étais pas encore des leurs
travailleur saisonnier petits boulots
éboueur
à durée déterminée
j’ai eu des soupçons parfois
et des centaines de petites aiguilles me déchiraient le cœur
pourtant je prenais grand soin d’éviter que se déchire
mon costume en chaux
et qu’en dessous apparaisse l’icône toute nue
immaculée
écrasante
l’image
la vraie

PÉNÉLOPE


Le visage humain après ce qu’on en a fait est plein de fissures
chaque matin au réveil une fois lavé avant de s’essuyer
mouillé encore
dans le miroir on les compte
rappel des vaines promesses de bonheur
un jour j’ai effleuré du doigt
les lèvres de la plus grande
elles s’ouvraient vagin ardent
avec horreur j’ai regardé le gouffre ouvert là-dessous
ténèbres à perte de vue
j’ai mis les doigts et
soudain je m’enfonçais
chose inespérée
je m’enfonçais
dans une humide inexistence
et sans aucune lumière nulle part où s’accrocher
vertige
alors j’ai souhaité le fond comme une délivrance pleine de sang
pas eu le temps
dans le dernier tour l’énorme filet de l’araignée
me rappelant
mon destin

—-
TÉLÉMAQUE

—-
Mes mains coupées à la dernière guerre furent le butin de braconniers
qui mirent dans des chaines rouillées ce qui restait
c’est pourquoi tu me vois là tenir entre mes dents l’encrier
peindre avec la langue
la page constellée de gouttes
de mon sang
ce qui reste des lèvres chairs déchirées
gencives émail dents cassées
larmes bave
et je ne parle pas de moi
mais ma mère cette salope me dégoûte
qui ouvre la fenêtre à des tentations par dizaines
et les fait bander
la chienne
puis largués la douche froide
jouissant de son royal pouvoir sur tant de mâles
même si la fouettait affreusement la fournaise de la chair
chaque fois qu’elle s’éveillait drapée dans la vigueur de l’aube
vaincue par les fantômes de la nuit
et pourtant
je ne parle pas de moi
c’est pourquoi ces jours-ci je pense tellement à Néoptolème
et à tant d’autres

—-

génération brûlée
ma génération

Electrographie (Ηλεκτρογραφία, 2006)
Traduction Michel Volkovitch
Poètes grecs du 21e siècle, vol. 1, Le miel des anges, 2013

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