Z. D. Ainalis traduit en français par Michel Volkovitch

Jean-Michel Basquiat, Untitled (skull), 1984

Z. D. AÏNALIS

Traduction M. Volkovitch

Petite monnaie

à mon frère

Les feuilles du bitume

jaunes

pourrissent et sombrent

sous la surface lisse des eaux

maintenant

rien

j’attends le printemps cette putain

en vain

le calendrier collé à l’automne

bien sûr les experts et les faiseurs d’oracles

depuis des années

prédisent

la suppression de l’alternance harmonieuse

la fin de la saison des saisons

moi

immobile

jambe cassée

je tourne sur moi-même

coq des hauteurs

selon le vent

bien que m’ait prévenu

le maître des révolutions

lui regardait l’avenir

ma rétine à moi examine le passé

nous deux ensemble

dessinions d’une manière complémentaire

un présent

forgé

 

 

 

 

Le temps

a une forme

des angles

polyèdre polygone

il risque

de te blesser

la nuit quand tu te lèves pour boire

dans le noir à tâtons

agitant spasmodiquement les mains aveugle

un peu de sang

à présent coule

du bout de tes doigts

et sur ta poitrine

une ombre noire

est posée

qui boit

ton cœur

citerne

pleine de sang

il contient la mer entière

et toute la douleur

sauf

celle du temps

il a une forme

tu peux l’attraper

le courber

fil de fer

pour tenter de forcer la serrure

de maisons de coffres étrangers

de journaux intimes d’adolescentes

impatient de lire leurs secrets

sous les couvertures

les paquets de lettres du soldat parti au front

du soldat qui n’est pas rentré du front

l’année suivante

il a une forme

variable pyramide pagode ziggourat

il faut que tu t’en empares

et qu’il crache ses secrets

en bas dans les grottes marines

l’eau salée lèche les rochers

une main

montre

aux parois les peintures

d’un âge mort

Altamira n’a pu le découvrir

boiteuse

les deux jambes cassées

angoissée elle se demande alors

comment quand et qui

le temps dit-elle

est le meilleur médecin

il a une forme

le scalpel plonge avidement

dans toutes les chairs

du sang du sang toujours du sang

Femme

Je t’ai imaginée dans l’aquarium

nue

toute nue et seule

parmi des poissons exotiques de toutes couleurs

barbouillée

noir aux yeux lignes noires du maquillage

un chien de mer pendu par les dents à tes lèvres

teintes en rouge par le sang

tes tétons sombres posés sur les hauts fonds

de tes seins

rochers sous-marins récifs

où se glissent des murènes sournoises et des poulpes

ta toison frisée algues qui poussent

entre tes jambes

bercées au rythme des courants où se cachent

d’étranges créatures des grands fonds phosphorescentes

tout autour dansent des poissons sans but hostiles comme toujours

un plongeur en plastique agite mécaniquement ses jambes jaunes

un sous-marin jouet posé au fond

on peut voir par le hublot le marin mort

alentour faux rochers fausses plantes

une foule d’hameçons coulaient lentement torpillés

 

Tu pleurais

 

 

Electrographie, 2006

***

Né en 1982 à Athènes, Z. D Aïnalis poursuit des études de lettres et d’histoire byzantine à Paris. Il a publié son premier recueil de poèmes Electrographie (Ηλεκτρογραφία) en 2006 à l’âge de 24 ans. Ensuite, en 2008, il a publié son deuxième recueil Fragments (Αποσπάσματα). Mythologie (Μυθολογία), son troisième recueil, sortira d’ici la fin de l’année. Il a traduit en grec moderne des auteurs anglais, français et byzantins. Quelques-uns de ses poèmes ont également été traduit en anglais (Novelty Within or Beyond Language: Anthology of Young Greek Poets).

 

http://www.volkovitch.com/

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