Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire

Paul Klee, Angelus Novus (1920)

Walter Benjamin

Sur le concept d’histoire[1]

(La version française)

I

On connaît l’histoire de cet automate qui, dans une partie d’échecs, était censé pouvoir trouver à chaque coup de son adversaire la parade qui lui assurait la victoire. Une marionnette en costume turc, narghilé à la bouche, était assise devant une grande table, sur laquelle l’échiquier était installé. Un système de miroirs donnait l’impression que cette table était transparente de tous côtés. En vérité, elle dissimulait un nain bossu, maître dans l’art des échecs, qui actionnait par des fils la main de la marionnette. On peut se représenter en philosophie l’équivalent d’un tel appareil. La marionnette appelée « matérialisme historique » est conçue pour gagner à tout coup. Elle peut hardiment se mesurer à n’importe quel adversaire, si elle prend à son service la théologie, dont on sait qu’elle est aujourd’hui petite et laide, et qu’elle est de toute manière priée de ne pas se faire voir.

II

« L’un des traits les plus remarquables de la nature humaine est, […] à côté de tant d’égoïsme individuel, l’absence générale d’envie que chaque présent porte à son avenir[2]. » Cette réflexion de Lotze conduit à penser que notre image du bonheur est tout entière colorée par le temps dans lequel il nous a été imparti de vivre. Il ne peut y avoir de bonheur susceptible d’éveiller notre envie que dans l’atmosphère que nous avons pu parler, des femmes qui auraient pu se donner à nous. Autrement dit, l’image du bonheur est inséparable de celle de la rédemption. Il en va de même de l’image du passé, dont s’occupe l’histoire. Le passé est marqué d’un indice secret, qui le renvoie à la rédemption. Ne sentons-nous pas nous-mêmes un faible souffle de l’air dans lequel vivaient les hommes d’hier ? Les voix auxquelles nous prêtons l’oreille n’apportent-elles pas un écho de voix désormais éteintes ? Les femmes que nous courtisons n’ont-elles pas des sœurs qu’elles n’ont plus connues ? S’il en est ainsi, alors il existe un rendez-vous tacite entre les générations passées et la nôtre. Nous avons été attendus sur la terre. À nous, comme à chaque génération précédente, fut accordée une faible force messianique sur laquelle le passé fait valoir une prétention. Cette prétention, il est juste de ne point la repousser. L’historien matérialiste en a conscience.

III

Le chroniqueur, qui rapporte les événements sans distinguer entre les grands et les petits, fait droit à cette vérité : que rien de ce qui eut jamais lieu n’est perdu pour l’histoire. Certes, ce n’est qu’à l’humanité rédimée qu’échoit pleinement son passé. C’est-à-dire que pour elle seule son passé est devenu intégralement citable. Chacun des instants qu’elle a vécus devient une « citation à l’ordre du jour[3] » – et ce jour est justement celui du Jugement dernier.

IV

« Occupez-vous d’abord de vous nourrir et de
vous vêtir,
alors vous échoira de lui-même le Royaume
de Dieu. »
Hegel, 1807[4]

La lutte des classes, que jamais ne perd de vue un historien instruit à l’école de Marx, est une lutte pour ces choses brutes et matérielles sans lesquelles il n’en est point de raffinées ni de spirituelles. Celles-ci interviennent pourtant dans la lutte des classes autrement que comme l’idée d’un butin qu’emportera le vainqueur. Comme confiance, courage, humour, ruse, fermeté inébranlable, elles prennent une part vivante à la lutte et agissent rétrospectivement dans les profondeurs du temps. Elles remettront toujours en question chaque nouvelle victoire des maîtres. De même que certaines fleurs tournent leur corolle vers le soleil, le passé par un mystérieux héliotropisme, tend  se tourner vers le soleil qui est en train de se lever au ciel de l’histoire. L’historien matérialiste doit savoir discerner ce changements, le mois ostensible de tous.

V

L’image vraie du passé passe en un éclair. On ne peut retenir le passé que dans une image qui surgit et s’évanouit pour toujours à l’instant même où elle s’offre à la connaissance. « La vérité n’a pas de jambes pour s’enfuir devant nous » – ce mot de Gottfried Keller désigne, dans la conception historiciste de l’histoire, l’endroit exact où le matérialisme historique enfonce son coin. Car c’est une image irrécupérable du passé qui risque de s’évanouir avec chaque présent qui ne s’est pas reconnu visé par elle.

VI

Faire œuvre d’historien ne signifie pas savoir « comment les choses se sont réellement passées ». Cela signifie s’emparer d’un souvenir, tel qu’il surgit à l’instant du danger. Il s’agit pour le matérialisme historique de retenir l’image du passé qui s’offre inopinément au sujet historique à l’instant du danger. Ce danger menace aussi bien les contenus de la tradition que ses destinataires. Il est le même pour les uns et pour les autres, et consiste pour eux à se faire l’instrument de la classe dominante. À chaque époque, il faut chercher à arracher de nouveau la tradition au conformisme qui est sur le point de la subjuguer. Car le messie ne vient pas seulement comme rédempteur ; il vient comme vainqueur de l’antéchrist. Le don d’attiser dans le passé l’étincelle de l’espérance n’appartient qu’à l’historiographe intimement persuadé que, si l’ennemi triomphe, même les morts ne seront pas en sûreté. Et cet ennemi n’a pas fini de triompher.

VII

Pensez aux ténèbres et au grand froid
Dans cette vallée où résonne la désolation.
Brecht, ­L’Opéra de quat’sous[5]


À l’historien qui veut revivre une époque, Fustel de Coulanges recommande d’oublier tout ce qu’il sait du cours ultérieur de l’histoire. On ne saurait mieux décrire la méthode avec laquelle le matérialisme historique a rompu. C’est la méthode de l’empathie. Elle naît de la paresse du cœur, de l’acedia[6], qui désespère de saisir la véritable image historique dans son surgissement fugitif. Les théologiens du Moyen Âge considéraient l’acedia comme la source de la tristesse. Flaubert, qui l’a connue, écrit : « Peu de gens devineront combien il a fallu être triste pour [entreprendre de] ressusciter Carthage[7]. » La nature de cette tristesse se dessine plus clairement lorsqu’on se demande à qui précisément l’historiciste s’identifie par empathie. On devra inévitablement répondre : au vainqueur. Or ceux qui règnent à un moment donné sont les héritiers de tous les vainqueurs du passé. L’identification au vainqueur bénéficie donc toujours aux maîtres du moment. Pour l’historien matérialiste, c’est assez dire. Tous ceux qui à ce jour ont obtenu la victoire, participent à ce cortège triomphal où les maîtres d’aujourd’hui marchent sur les corps de ceux qui aujourd’hui gisent à terre. Le butin, selon l’usage de toujours, est porté dans le cortège. C’est ce qu’on appelle les biens culturels. Ceux-ci trouveront dans l’historien matérialiste un spectateur réservé. Car tout ce qu’il aperçoit en fait de biens culturels révèle une origine à laquelle il ne peut songer sans effroi. De tels biens doivent leur existence non seulement à l’effort des grands génies qui les ont créés, mais aussi au servage anonyme de leurs contemporains. Car il n’est pas de témoignage de culture qui ne soit en même temps un témoignage de barbarie. Cette barbarie inhérente aux biens culturels affecte également le processus par lequel ils ont été transmis de main en main. C’est pourquoi l’historien matérialiste s’écarte autant que possible de ce mouvement de transmission. Il se donne pour tâche de brosser l’histoire à rebrousse-poil.

VIII

La tradition des opprimés nous enseigne que l’ « état d’exception » dans lequel nous vivons est la règle. Nous devons parvenir à une conception de l’histoire qui rende compte de cette situation. Nous découvrirons alors que notre tâche consiste à instaurer le véritable état d’exception ; et nous consoliderons ainsi notre position dans la lutte contre le fascisme. Celui-ci garde au contraire toutes ses chances, face à des adversaires qui s’opposent à lui au nom du progrès, compris comme une norme historique. – S’effarer que les événements que nous vivons soient « encore » possibles au XXe siècle, c’est marquer un étonnement qui n’a rien de philosophique. Un tel étonnement ne mène à aucune connaissance, si ce n’est à comprendre que la conception de l’histoire d’où il découle n’est pas tenable.

IX

« Mon aile est prête à prendre son essor
Je voudrais bien revenir en arrière
Car en restant même autant que le temps vivant
Je n’aurais guère de bonheur. »
Gerhard Scholem, Gruß vom Angelus[8]


Il existe un tableau de Klee qui s’intitule « Angelus Novus ». Il représente un ange qui semble sur le point de s’éloigner de quelque chose qu’il fixe du regard. Ses yeux sont écarquillés, sa bouche ouverte, ses ailes déployées. C’est à cela que doit ressembler l’Ange de l’Histoire. Son visage est tourné vers le passé. Là où nous apparaît une chaîne d’événements, il ne voit, lui, qu’une seule et unique catastrophe, qui sans cesse amoncelle ruines sur ruines et les précipite à ses pieds. Il voudrait bien s’attarder, réveiller les morts et rassembler ce qui a été démembré. Mais du paradis souffle une tempête qui s’est prise dans ses ailes, si violemment que l’ange ne peut plus les refermer. Cette tempête le pousse irrésistiblement vers l’avenir auquel il tourne le dos, tandis que le monceau de ruines devant lui s’élève jusqu’au ciel. Cette tempête est ce que nous appelons le progrès.

X

Les objets que la règle claustrale assignait à la méditation des moines visaient à leur enseigner le mépris du monde et de ses pompes. Les réflexions que nous développons ici servent une fin analogue. À l’heure où gisent à terre les politiciens en qui les adversaires du fascisme avaient mis leur espoir, à l’heure où ils aggravent encore leur défaite en trahissant leur propre cause, nous voudrions libérer l’enfant du siècle des filets dans lesquels ils l’ont entortillé. Le point de départ est que la foi aveugle de ces politiciens dans le progrès, leur confiance dans le « soutien massif de la base », et finalement leur adaptation servile à un appareil politique incontrôlable n’étaient que trois aspects d’une même réalité. Nous voudrions suggérer combien il coûte à notre pensée habituelle d’adhérer à une vision de l’histoire qui évite toute complicité avec celle à laquelle ces politiciens continuent de s’accrocher.

XI

Le conformisme dès l’origine inhérent à la social-démocratie n’affecte pas seulement sa tactique politique, mais aussi ses vues économiques. C’est là une des causes de son effondrement ultérieur. Rien n’a plus corrompu le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. À ce courant qu’il croyait suivre, la pente était selon lui donnée par le développement de la technique. De là il n’y avait qu’un pas à franchir pour s’imaginer que le travail industriel, qui s’inscrit à ses yeux dans le cours du progrès technique, représente un acte politique. Chez les ouvriers allemands, la vieille éthique protestante du travail réapparut sous une forme sécularisée. Le programme de Gotha porte déjà les traces de cette confusion. Il définit le travail comme « la source de toute richesse et de toute culture ». À quoi Marx, animé d’un sombre pressentiment, objectait que celui qui ne possède d’autre bien que sa force de travail « est nécessairement l’esclave des autres hommes, qui se sont érigés […] en propriétaires[9]. » Ce qui n’empêche pas la confusion de se répandre de plus en plus, et Josef Dietzgen d’annoncer bientôt : « Le travail est le Messie des temps modernes. Dans l’amélioration […] du travail […] réside la richesse, qui peut maintenant accomplir ce qu’aucun rédempteur n’a accompli jusqu’à présent. » Cette conception du travail, caractéristique d’un marxisme vulgaire, ne prend guère la peine de se demander en quoi les biens produits profitent aux travailleurs eux-mêmes, tant qu’ils ne peuvent en disposer. Elle n’envisage que les progrès de la maîtrise sur la nature, non les régressions de la société. Elle présente déjà les traits technocratiques qu’on rencontrera plus tard dans le fascisme. Notamment une approche de la nature qui rompt sinistrement avec les utopies socialistes d’avant 1848. Tel qu’on le conçoit à présent, le travail vise à l’exploitation de la nature, exploitation que l’on oppose avec une naïve satisfaction à celle du prolétariat. Comparées à cette conception positiviste, les fantastiques imaginations d’un Fourier, qui ont fourni matière à tant de railleries, révèlent un surprenant bon sens. Si le travail social était bien ordonné, selon Fourier, on verrait quatre Lunes éclairer la nuit terrestre, les glaces se retirer des pôles, l’eau de mer s’adoucir, les bêtes fauves se mettre au service de l’homme. Tout cela illustre une forme de travail qui, loin d’exploiter la nature, est en mesure de l’accoucher des créations virtuelles qui sommeillent en son sein. À l’idée corrompue du travail correspond l’idée complémentaire d’une nature qui, selon la formule de Dietzgen, « est offerte gratis[10] ».

XII

« Nous avons besoin de l’histoire, mais
nous en avons besoin autrement que le flâneur
raffiné des jardins du savoirs. »
Nietzsche, De l’utilité et des inconvénients
de l’histoire pour la vie[11]


Le sujet de la connaissance historique est la classe combattante, la classe opprimée elle-même. Elle apparaît chez Marx comme la dernière classe asservie, la classe vengeresse qui, au nom de générations de vaincus, mène à son terme l’œuvre de libération. Cette conscience, qui se ralluma brièvement dans le spartakisme, fut toujours scandaleuse aux yeux de la social-démocratie. En l’espace de trois décennies, elle parvint presque à effacer le nom d’un Blanqui, dont les accents d’airain avaient ébranlé le XIXe siècle. Elle se complut à attribuer à la classe ouvrière le rôle de rédemptrice des générations futures. Ce faisant elle énerva ses meilleures forces. À cette école, la classe ouvrière désapprit tout ensemble la haine et l’esprit de sacrifice. Car l’une et l’autre se nourrissent de l’image des ancêtres asservis, non de l’idéal d’une descendance affranchie.

XIII

« Tous les jours notre cause devient plus claire
et le peuple tous les jours plus intelligent. »
Joseph Dietzgen,
La Philosophie de la social-démocratie[12]


Dans sa théorie, et plus encore dans sa pratique, la social-démocratie a été guidée par une conception du progrès qui ne s’attachait pas au réel, mais émettait une prétention dogmatique. Le progrès, tel qu’il se peignait dans la cervelle des sociaux-démocrates, était premièrement un progrès de l’humanité elle-même (non simplement de ses aptitudes et de ses connaissances). Il était deuxièmement un progrès illimité (correspondant au caractère indéfiniment perfectible de l’humanité). Il était deuxièmement un progrès illimité (correspondant au caractère indéfiniment perfectible de l’humanité). Il était envisagé, troisièmement, comme essentiellement irrésistible (se poursuivant automatiquement selon une ligne droite ou une spirale). Chacun de ces prédicats est contestable, chacun offre prise à la critique. Mais celle-ci, si elle se veut rigoureuse, doit remonter au-delà de tous ces prédicats et s’orienter vers quelque chose qui leur et commun. L’idée d’un progrès de l’espèce humaine à travers l’histoire est inséparable de celle d’un mouvement dans un temps homogène et vide. La critique de cette dernière idée doit servir de fondement à la critique de l’idée de progrès en général.

XIV

L’origine est le but.
Karl Kraus, Work in Versen I[13]


L’histoire est l’objet d’une construction dont le lieu n’est pas le temps homogène et vide, mais  le temps saturé d’ « à-présent ». Ainsi, pour Robespierre, la Rome antique était un passé chargé d’ « à-présent », qu’il arrachait au continuum de l’histoire. La Révolution française se comprenait comme une seconde Rome. Elle citait l’ancienne Rome exactement comme la mode cite un costume d’autrefois. La mode sait flairer l’actuel, si profondément qu’il se niche dans les fourrés de l’autrefois. Elle est le saut du tigre dans le passé. Mais ceci a lieu dans un arène où commande la classe dominante. Le même saut, effectué sous le ciel libre de l’histoire, est le saut dialectique, la révolution telle que la concevait Marx.

XV

Les classes révolutionnaires, au moment de l’action, ont conscience de faire éclater le continuum de l’histoire. La Grande révolution introduisit un nouveau calendrier. Le jour qui inaugure un calendrier nouveau fonctionne comme un accélérateur historique. Et c’est au fond le même jour qui revient sans cesse sous la forme des jours de fête, qui sont des jours de commémoration. Les calendriers ne mesurent donc pas le temps comme le font les horloges. Ils sont les monuments d’une conscience historique dont toute trace semble avoir disparu en Europe depuis cent ans, et qui transparaît encore dans un épisode de la révolution de juillet. Au soir du premier jour de combat, on vit en plusieurs endroits de Paris, au même moment et sans concertation, des gens tirer sur les horloges. Un témoin oculaire, qui devait peut-être sa clairvoyance au hasard de la rime, écrivit alors :

« Qui le croirait ! On dit qu’irrités contre l’heure,

De nouveaux Josués, au pied de chaque tour.

Tiraient sur les cadrans pour arrêter le jour. »

XVI

L’historien matérialiste ne saurait renoncer au concept d’un présent qui n’est point passage, mais arrêt et blocage du temps. Car un tel concept définit justement le présent dans lequel, pour sa part, il écrit l’histoire. L’historicisme compose l’image « éternelle » du passé, le matérialisme historique dépeint l’expérience unique de la rencontre avec ce passé. Il laisse d’autres se dépenser dans le bordel de l’historicisme avec la putain « Il était une fois ». Il reste maître de ses forces : assez viril pour faire éclater le continuum de l’histoire.

XVII

L’historicisme trouve son aboutissement légitime dans l’histoire universelle. Par sa méthode, l’historiographie matérialiste se distingue de ce type d’histoire plus nettement peut-être que de tout autre. L’histoire universelle n’a pas d’armature théorique. Elle procède par addition : elle mobilise la masse des faits pour remplir le temps homogène et vide. L’historiographie matérialiste, au contraire, est fondée sur un principe constructif. La pensée n’est pas seulement faite du mouvement des idées, mais aussi de leur blocage. Lorsque la pensée s’immobilise soudain dans une constellation saturée de tensions, elle communique à cette dernière un choc qui la cristallise en monade. L’historien matérialiste ne s’approche d’un objet historique que lorsqu’il se présente à lui comme une monade. Dans cette structure il reconnaît le signe d’un blocage messianique des événements, autrement dit le signe d’une chance révolutionnaire dans le combat pour le passé opprimé. Il saisit cette chance pour arracher une époque déterminée au cours homogène de l’histoire, il arrache de même à une époque telle vie particulière, à l’œuvre d’une vie tel ouvrage particulier. Il réussit à recueillir et à conserver dans l’ouvrage particulier l’œuvre d’une vie, dans l’œuvre d’une vie l’époque et dans l’époque le cours entier de l’histoire. Le fruit nourricier de la connaissance historique contient en son cœur le temps comme sa semence précieuse, mais une semence indiscernable au goût.

XVIII

« Les misérables cinquante millénaires de l’homo sapiens, écrit un biologiste moderne, représentent relativement à l’histoire de la vie organique sur terre, quelque chose comme deux secondes à la fin d’une journée de vingt-quatre heures. À cette échelle, toute l’histoire de l’humanité civilisée remplirait un cinquième de la dernière seconde de la dernière heure. » L’à-présent qui, comme un modèle du temps messianique, résume en un formidable raccourci l’histoire de toute l’humanité, coïncide exactement avec la figure que constitue dans l’univers l’histoire de l’humanité.

APPENDICE

A

L’historicisme se contente d’établir un lien causal entre divers moments de l’histoire. Mais aucune réalité de fait ne devient, par sa simple qualité de cause, un fait historique. Elle devient telle, à titre posthume, sous l’action d’événements qui peuvent être séparés d’elle par des millénaires. L’historien qui part de là cesse d’égrener la suite des événements comme un chapelet. Il saisit la constellation que sa propre époque forme avec telle époque antérieure. Il fonde ainsi un concept du présent comme « à-présent », dans lequel se sont fichés des éclats du temps messianique.

B

Les devins qui interrogeaient le temps pour savoir ce qu’il recélait en son sein ne le percevaient certainement pas comme un temps homogène et vide. Celui qui considère cet exemple se fera peut-être une idée de la manière dont le temps passé était perçu dans la commémoration : précisément de cette manière. On sait qu’il était interdit aux Juifs de sonder l’avenir. La Torah et la prière, en revanche, leur enseignaient la commémoration. La commémoration, pour eux, privait l’avenir des sortilèges auxquels succombent ceux qui cherchent à s’instruire auprès des devins. Mais l’avenir ne devenait pas pour autant, aux yeux des Juifs, un temps homogène et vide. Car en lui, chaque seconde était la porte étroite par laquelle le Messie pouvait entrer.

***

NOTES


[1] N.d.T. : Ce texte, publié par l’Institut de recherches sociales après la mort de Benjamin (Los Angeles, 1942), a été rédigé dans les premiers mois de 1940. Il reprend et développe des idées autour desquelles la réflexion de l’auteur tournait depuis plusieurs années, comme le montrent les passages repris de l’étude sur Fuchs (cf. supra, p. 170 sqq.). Une version française, due à Benjamin lui-même, figure dans le volume des Écrits français (Paris, Gallimard, 1991, p. 331 sqq.) (PR)

[2] N.d.T. : Hermann Lotze, Mikrokosmos. Ideen zur Naturgeschichte und Geschichte der Menschheit. Versuch einer Anthropologie, t. III, Leipzig, S. Hinzel, 1864, p. 49. (PR)

[3] N.d.T. : En français dans le texte. (PR)

[4] N.d.T. : Lettre de Hegel à K. L. von Knebel (30 août 1807). (PR)

[5] N.d.T. : Ce sont les vers finaux de la pièce (acte III, scène IX), que J.-C. Hémery traduit ainsi : « Pensez à la nuit et au froid tombeau / Qui règnent dans cet univers de damnés. » (Paris, L’Arche, 1974, p. 87). (PR)

[6] N.d.T. : L’acedia est une tristesse qui rend muet (cf. saint Thomas, Summa Theologica, I-II, qu. 35, art. 8). Lorsqu’elle aboutit à « fuir » et à « détester » le « bien divin », on la définit comme péché mortel (ibid., II-II, qu. 35, art. 3). (MdG)

[7] N.d.T. : Lettre à Ernest Feydeau du 29 novembre 1859, in Flaubert, Correspondance, Paris, Gallimard, coll. Folio, 1998, p. 382 (nous rétablissons entre crochets la citations exacte). (PR).

[8] N.d.T. : « Salutation de l’Ange », strophe du poème de G. Scholem, inclus dans sa lettre à Benjamin du 25 juillet 1921. Voir W. Benjamin, Correspondance 1, 1910-1928, trad. G. Petitdemange, Paris, Aubier-Montaigne, 1979, p. 247 (ici retraduit). (PR)

[9] N.d.T. : K. Marx, Randglossen zum Programm der Deutschen Arbeiterpartei, éd. K. Korsch, Berlin-Leipzig, Vereinigung Internationaler Verlags-Anstalten, 1922. (PR)

[10] N.d.T. : J. Dietzgen, Sämtliche Schriften, Wiesbaden, Verlag des Dietzgenschen Philosophie, 1911, t. I, p. 175. (PR)

[11] N.d.T. : F. Nietzsche, Considérations inactuelles I et II, trad. P. Rusch, Paris, Gallimard, 1990, p. 93. (PR)

[12] N.d.T. : J. Dietzgen, op. cit., p. 176. (PR)

[13] N.d.T. : K. Kraus, Worte in Versen [I], 2e éd., Leipzig, 1919, p. 69 (« Der sterbende Mensch »). (PR)

***


Über den Begriff der Geschichte

(Das deutsche Original)

I

Bekanntlich soll es einen Automaten gegeben haben, der so konstruiert gewesen sei, daß er jeden Zug eines Schachspielers mit einem Gegenzuge erwidert habe, der ihm den Gewinn der Partie sicherte. Eine Puppe in türkischer Tracht, eine Wasserpfeife im Munde, saß vor dem Brett, das auf einem geräumigen Tisch aufruhte. Durch ein System von Spiegeln wurde die Illusion erweckt, dieser Tisch sei von allen Seiten durchsichtig. In Wahrheit saß ein buckliger Zwerg darin, der ein Meister im Schachspiel war und die Hand der Puppe an Schnüren lenkte. Zu dieser Apparatur kann man sich ein Gegenstück in der Philosophie vorstellen. Gewinnen soll immer die Puppe, die man ´historischen Materialismus´ nennt. Sie kann es ohne weiteres mit jedem aufnehmen, wenn sie die Theologie in ihren Dienst nimmt, die heute bekanntlich klein und häßlich ist und sich ohnehin nicht darf blicken lassen.

II

»Zu den bemerkenswerthesten Eigenthümlichkeiten des menschlichen Gemüths«, sagt Lotze, »gehört – neben so vieler Selbstsucht im Einzelnen die allgemeine Neidlosigkeit jeder Gegenwart gegen ihre Zukunft.« Diese Reflexion führt darauf, daß das Bild von Glück, das wir hegen, durch und durch von der Zeit tingiert ist, in welche der Verlauf unseres eigenen Daseins uns nun einmal verwiesen hat. Glück, das Neid in uns erwecken könnte, gibt es nur in der Luft, die wir geatmet haben, mit Menschen, zu denen wir hätten reden, mit Frauen, die sich uns hätten geben können. Es schwingt, mit andern Worten, in der Vorstellung des Glücks unveräußerlich die der Erlösung mit. Mit der Vorstellung von Vergangenheit, welche die Geschichte zu ihrer Sache macht, verhält es sich ebenso. Die Vergangenheit führt einen heimlichen Index mit, durch den sie auf die Erlösung verwiesen wird. Streift denn nicht uns selber ein Hauch der Luft, die um die Früheren gewesen ist? ist nicht in Stimmen, denen wir unser Ohr schenken, ein Echo von nun verstummten? haben die Frauen, die wir umwerben, nicht Schwestern, die sie nicht mehr gekannt haben? Ist dem so, dann besteht eine geheime Verabredung zwischen den gewesenen Geschlechtern und unserem. Dann sind wir auf der Erde erwartet worden. Dann ist uns wie jedem Geschlecht, das vor uns war, eine schwache messianische Kraft mitgegeben, an welche die Vergangenheit Anspruch hat. Billig ist dieser Anspruch nicht abzufertigen. Der historische Materialist weiß darum.

III

Der Chronist, welcher die Ereignisse hererzählt, ohne große und kleine zu unterscheiden, trägt damit der Wahrheit Rechnung, daß nichts was sich jemals ereignet hat, für die Geschichte verloren zu geben ist. Freilich fällt erst der erlösten Menschheit ihre Vergangenheit vollauf zu. Das will sagen: erst der erlösten Menschheit ist ihre Vergangenheit in jedem ihrer Momente zitierbar geworden. Jeder ihrer gelebten Augenblicke wird zu einer citation à l‘ordre du jour – welcher Tag eben der jüngste ist.

IV

Trachtet am ersten nach Nahrung und Kleidung,
so wird euch das Reich Gottes von selbst zufallen.
Hegel, 1807

Der Klassenkampf, der einem Historiker, der an Marx geschult ist, immer vor Augen steht, ist ein Kampf um die rohen und materiellen Dinge, ohne die es keine feinen und spirituellen gibt. Trotzdem sind diese letztern im Klassenkampf anders zugegen denn als die Vorstellung einer Beute, die an den Sieger fällt. Sie sind als Zuversicht, als Mut, als Humor, als List, als Unentwegtheit in diesem Kampf lebendig und sie wirken in die Ferne der Zeit zurück. Sie werden immer von neuem jeden Sieg, der den Herrschenden jemals zugefallen ist, in Frage stellen. Wie Blumen ihr Haupt nach der Sonne wenden, so strebt kraft eines Heliotropismus geheimer Art, das Gewesene der Sonne sich zuzuwenden, die am Himmel der Geschichte im Aufgehen ist. Auf diese unscheinbarste von allen Veränderungen muß sich der historische Materialist verstehen.

V

Das wahre Bild der Vergangenheit huscht vorbei. Nur als Bild, das auf Nimmerwiedersehen im Augenblick seiner Erkennbarkeit eben aufblitzt, ist die Vergangenheit festzuhalten. ´Die Wahrheit wird uns nicht davonlaufen´ – dieses Wort, das von Gottfried Keller stammt, bezeichnet im Geschichtsbild des Historismus genau die Stelle, an der es vom historischen Materialismus durchschlagen wird. Denn es ist ein unwiederbringliches Bild der Vergangenheit, das mit jeder Gegenwart zu verschwinden droht, die sich nicht als in ihm gemeint erkannte.

VI

Vergangenes historisch artikulieren heißt nicht, es erkennen ´wie es denn eigentlich gewesen ist´. Es heißt, sich einer Erinnerung bemächtigen, wie sie im Augenblick einer Gefahr aufblitzt. Dem historischen Materialismus geht es darum, ein Bild der Vergangenheit festzuhalten, wie es sich im Augenblick der Gefahr dem historischen Subjekt unversehens einstellt. Die Gefahr droht sowohl dem Bestand der Tradition wie ihren Empfängern. Für beide ist sie ein und dieselbe: sich zum Werkzeug der herrschenden Klasse herzugeben. In jeder Epoche muß versucht werden, die Überlieferung von neuem dem Konformismus abzugewinnen, der im Begriff steht, sie zu überwältigen. Der Messias kommt ja nicht nur als der Erlöser; er kommt als der Überwinder des Antichrist. Nur dem Geschichtsschreiber wohnt die Gabe bei, im Vergangenen den Funken der Hoffnung anzufachen, der davon durchdrungen ist: auch die Toten werden vor dem Feind, wenn er siegt, nicht sicher sein. Und dieser Feind hat zu siegen nicht aufgehört.

VII

Bedenkt das Dunkel und die große Kälte
In diesem Tale, das von Jammer schallt.
Brecht, Die Dreigroschenoper

Fustel de Coulanges empfiehlt dem Historiker, wolle er eine Epoche nacherleben, so solle er alles, was er vom spätern Verlauf der Geschichte wisse, sich aus dem Kopf schlagen. Besser ist das Verfahren nicht zu kennzeichnen, mit dem der historische Materialismus gebrochen hat. Es ist ein Verfahren der Einfühlung. Sein Ursprung ist die Trägheit des Herzens, die acedia, welche daran verzagt, des echten historischen Bildes sich zu bemächtigen, das flüchtig aufblitzt. Sie galt bei den Theologen des Mittelalters als der Urgrund der Traurigkeit. Flaubert, der Bekanntschaft mit ihr gemacht hatte, schreibt: »Peu de gens devineront combien il a fallu être triste pour ressusciter Carthage.« Die Natur dieser Traurigkeit wird deutlicher, wenn man die Frage aufwirft, in wen sich denn der Geschichtsschreiber des Historismus eigentlich einfühlt. Die Antwort lautet unweigerlich in den Sieger. Die jeweils Herrschenden sind aber die Erben aller, die je gesiegt haben. Die Einfühlung in den Sieger kommt demnach den jeweils Herrschenden allemal zugut. Damit ist dem historischen Materialisten genug gesagt. Wer immer bis zu diesem Tage den Sieg davontrug, der marschiert mit in dem Triumphzug, der die heute Herrschenden über die dahinführt, die heute am Boden liegen. Die Beute wird, wie das immer so üblich war, im Triumphzug mitgeführt. Man bezeichnet sie als die Kulturgüter. Sie werden im historischen Materialisten mit einem distanzierten Betrachter zu rechnen haben. Denn was er an Kulturgütern überblickt, das ist ihm samt und sonders von einer Abkunft, die er nicht ohne Grauen bedenken kann. Es dankt sein Dasein nicht nur der Mühe der großen Genien, die es geschaffen haben, sondern auch der namenlosen Fron ihrer Zeitgenossen. Es ist niemals ein Dokument der Kultur, ohne zugleich ein solches der Barbarei zu sein. Und wie es selbst nicht frei ist von Barbarei, so ist es auch der Prozeß der Überlieferung nicht, in der es von dem einen an den andern gefallen ist. Der historische Materialist rückt daher nach Maßgabe des Möglichen von ihr ab. Er betrachtet es als seine Aufgabe, die Geschichte gegen den Strich zu bürsten.

VIII


Die Tradition der Unterdrückten belehrt uns darüber, daß der ´Ausnahmezustand´, in dem wir leben, die Regel ist. Wir müssen zu einem Begriff der Geschichte kommen, der dem entspricht. Dann wird uns als unsere Aufgabe die Herbeiführung des wirklichen Ausnahmezustands vor Augen stehen; und dadurch wird unsere Position im Kampf gegen den Faschismus sich verbessern. Dessen Chance besteht nicht zuletzt darin, daß die Gegner ihm im Namen des Fortschritts als einer historischen Norm begegnen. – Das Staunen darüber, daß die Dinge, die wir erleben, im zwanzigsten Jahrhundert ´noch´ möglich sind, ist kein philosophisches. Es steht nicht am Anfang einer Erkenntnis, es sei denn der, daß die Vorstellung von Geschichte, aus der es stammt, nicht zu halten ist.

IX

Mein Flügel ist zum Schwung bereit ich kehrte
gern zurück denn blieb‘ ich auch lebendige Zeit ich hätte wenig Glück.
Gerhard Scholem, Gruß vom Angelus

Es gibt ein Bild von Klee, das Angelus Novus heißt. Ein Engel ist darauf dargestellt, der aussieht, als wäre er im Begriff, sich von etwas zu entfernen, worauf er starrt. Seine Augen sind aufgerissen, sein Mund steht offen und seine Flügel sind ausgespannt. Der Engel der Geschichte muß so aussehen. Er hat das Antlitz der Vergangenheit zugewendet. Wo eine Kette von Begebenheiten vor uns erscheint, da sieht er eine einzige Katastrophe, die unablässig Trümmer auf Trümmer häuft und sie ihm vor die Füße schleudert. Er möchte wohl verweilen, die Toten wecken und das Zerschlagene zusammenfügen. Aber ein Sturm weht vom Paradiese her, der sich in seinen Flügeln verfangen hat und so stark ist, daß der Engel sie nicht mehr schließen kann. Dieser Sturm treibt ihn unaufhaltsam in die Zukunft, der er den Rücken kehrt, während der Trümmerhaufen vor ihm zum Himmel wächst. Das, was wir den Fortschritt nennen, ist dieser Sturm.

X

Die Gegenstände, die die Klosterregel den Brüdern zur Meditation anwies, hatten die Aufgabe, sie der Welt und ihrem Treiben abhold zu machen. Dem Gedankengang, den wir hier verfolgen, ist aus einer ähnlichen Bestimmung hervorgegangen. Er beabsichtigt in einem Augenblick, da die Politiker, auf die die Gegner des Faschismus gehofft hatten, am Boden liegen und ihre Niederlage mit dem Verrat an der eigenen Sache bekräftigen, das politische Weltkind aus den Netzen zu lösen, mit denen sie es umgarnt hatten. Die Betrachtung geht davon aus, daß der sture Fortschrittsglaube dieser Politiker, ihr Vertrauen in ihre ´Massenbasis´ und schließlich ihre servile Einordnung in einen unkontrollierbaren Apparat drei Seiten derselben Sache gewesen sind. Sie sucht einen Begriff davon zu geben, wie teuer unser gewohntes Denken eine Vorstellung von Geschichte zu stehen kommt, die jede Komplizität mit der vermeidet, an der diese Politiker weiter festhalten.

XI

Der Konformismus, dem von Anfang an in der Sozialdemokratie heimisch gewesen ist, haftet nicht nur an ihrer politischen Taktik, sondern auch an ihren ökonomischen Vorstellungen. Er ist eine Ursache des späteren Zusammenbruchs. Es gibt nichts, was die deutsche Arbeiterschaft in dem Grade korrumpiert hat wie die Meinung, sie schwimme mit dem Strom. Die technische Entwicklung galt ihr als das Gefälle des Stromes, mit dem sie zu schwimmen meinte. Von da war es nur ein Schritt zu der Illusion, die Fabrikarbeit, die im Zuge des technischen Fortschritts gelegen sei, stelle eine politische Leistung dar. Die alte protestantische Werkmoral feierte in säkularisierter Gestalt bei den deutschen Arbeitern ihre Auferstehung. Das Gothaer Programm trägt bereits Spuren dieser Verwirrung an sich. Es definiert die Arbeit als »die Quelle alles Reichtums und aller Kultur«. Böses ahnend, entgegnete Marx darauf, daß der Mensch, der kein anderes Eigentum besitze als seine Arbeitskraft, »der Sklave der andern Menschen sein muß, die sich zu Eigentümern … gemacht haben«. Unbeschadet dessen greift die Konfusion weiter um sich, und bald darauf verkündet Josef Dietzgen: »Arbeit heißt der Heiland der neueren Zeit . . . In der . . . Verbesserung … der Arbeit … besteht der Reichtum, der jetzt vollbringen kann, was bisher kein Erlöser vollbracht hat.« Dieser vulgär-marxistische Begriff von dem, was die Arbeit ist, hält sich bei der Frage nicht lange auf, wie ihr Produkt den Arbeitern selber anschlägt, solange sie nicht darüber verfügen können. Er will nur die Fortschritte der Naturbeherrschung, nicht die Rückschritte der Gesellschaft wahr haben. Er weist schon die technokratischen Züge auf, die später im Faschismus begegnen werden. Zu diesen gehört ein Begriff der Natur, der sich auf unheilverkündende Art von dem in den sozialistischen Utopien des Vormärz abhebt. Die Arbeit, wie sie nunmehr verstanden wird, läuft auf die Ausbeutung der Natur hinaus, welche man mit naiver Genugtuung der Ausbeutung des Proletariats gegenüber stellt. Mit dieser positivistischen Konzeption verglichen erweisen die Phantastereien, die so viel Stoff zur Verspottung eines Fourier gegeben haben, ihren überraschend gesunden Sinn. Nach Fourier sollte die wohlbeschaffene gesellschaftliche Arbeit zur Folge haben, daß vier Monde die irdische Nacht erleuchteten, daß das Eis sich von den Polen zurückziehen, daß das Meerwasser nicht mehr salzig schmecke und die Raubtiere in den Dienst des Menschen träten. Das alles illustriert eine Arbeit, die, weit entfernt die Natur auszubeuten, von den Schöpfungen sie zu entbinden imstande ist, die als mögliche in ihrem Schoße schlummern. Zu dem korrumpierten Begriff von Arbeit gehört als sein Komplement die Natur, welche, wie Dietzgen sich ausgedrückt hat, »gratis da ist«.

XII

Wir brauchen Historie, aber wir brauchen sie anders,
als sie der verwöhnte Müßiggänger im Garten des Wissens braucht.
Nietzsche, Vom Nutzen und Nachteil der Historie für das Leben

Das Subjekt historischer Erkenntnis ist die kämpfende, unterdrückte Klasse selbst. Bei Marx tritt sie als die letzte geknechtete, als die rächende Klasse auf, die das Werk der Befreiung im Namen von Generationen Geschlagener zu Ende führt. Dieses Bewußtsein, das für kurze Zeit im ´Spartacus´ noch einmal zur Geltung gekommen ist, war der Sozialdemokratie von jeher anstößig. Im Lauf von drei Jahrzehnten gelang es ihr, den Namen eines Blanqui fast auszulöschen, dessen Erzklang das vorige Jahrhundert erschüttert hat. Sie gefiel sich darin, der Arbeiterklasse die Rolle einer Erlöserin künftiger Generationen zuzuspielen. Sie durchschnitt ihr damit die Sehne der besten Kraft. Die Klasse verlernte in dieser Schule gleich sehr den Haß wie den Opferwillen. Denn beide nähren sich an dem Bild der geknechteten Vorfahren, nicht am Ideal der befreiten Enkel.

XIII

Wird doch unsere Sache alle Tage klarer
und das Volk alle Tage klüger.
Josef Dietzgen, Sozialdemokratische Philosophie

Die sozialdemokratische Theorie, und noch mehr die Praxis, wurde von einem Fortschrittsbegriff bestimmt, der sich nicht an die Wirklichkeit hielt, sondern einen dogmatischen Anspruch hatte. Der Fortschritt, wie er sich in den Köpfen der Sozialdemokraten malte, war, einmal, ein Fortschritt der Menschheit selbst (nicht nur ihrer Fertigkeiten und Kenntnisse). Er war, zweitens, ein unabschließbarer (einer unendlichen Perfektibilität der Menschheit entsprechender). Er galt, drittens, als ein wesentlich unaufhaltsamer (als ein selbsttätig eine grade oder spiralförmige Bahn durchlaufender). Jedes dieser Prädikate ist kontrovers, und an jedem könnte die Kritik ansetzen. Sie muß aber, wenn es hart auf hart kommt, hinter all diese Prädikate zurückgehen und sich auf etwas richten, was ihnen gemeinsam ist. Die Vorstellung eines Fortschritts des Menschengeschlechts in der Geschichte ist von der Vorstellung ihres eine homogene und leere Zeit durchlaufenden Fortgangs nicht abzulösen. Die Kritik an der Vorstellung dieses Fortgangs muß die Grundlage der Kritik an der Vorstellung des Fortschritts überhaupt bilden.

XIV

Ursprung ist das Ziel.
Karl Kraus, Worte in Versen 1

Die Geschichte ist Gegenstand einer Konstruktion, deren Ort nicht die homogene und leere Zeit sondern die von Jetztzeit erfüllte bildet. So war für Robespierre das antike Rom eine mit Jetztzeit geladene Vergangenheit, die er aus dem Kontinuum der Geschichte heraussprengte. Die französische Revolution verstand sich als ein wiedergekehrtes Rom. Sie zitierte das alte Rom genau so wie die Mode eine vergangene Tracht zitiert. Die Mode hat die Witterung für das Aktuelle, wo immer es sich im Dickicht des Einst bewegt. Sie ist der Tigersprung ins Vergangene. Nur findet er in einer Arena statt, in der die herrschende Klasse kommandiert. Derselbe Sprung unter dem freien Himmel der Geschichte ist der dialektische als den Marx die Revolution begriffen hat.

XV

Das Bewusstsein, das Kontinuum der Geschichte aufzusprengen, ist den revolutionären Klassen im Augenblick ihrer Aktion eigentümlich. Die Große Revolution führte einen neuen Kalender ein. Der Tag, mit dem ein Kalender einsetzt, fungiert als ein historischer Zeitraffer. Und es ist im Grunde genommen derselbe Tag, der in Gestalt der Feiertage, die Tage des Eingedenkens sind, immer wiederkehrt. Die Kalender zählen die Zeit also nicht wie Uhren. Sie sind Monumente eines Geschichtsbewusstseins, von dem es in Europa seit hundert Jahren nicht mehr die leisesten Spuren zu geben scheint. Noch in der Juli-Revolution hatte sich ein Zwischenfall zugetragen, in dem dieses Bewusstsein zu seinem Recht gelangte. Als der Abend des ersten Kampftages gekommen war, ergab es sich, dass an mehreren Stellen von Paris unabhängig von einander und gleichzeitig nach den Turmuhren geschossen wurde. Ein Augenzeuge, der seine Divination vielleicht dem Reim zu verdanken hat, schrieb damals:

Qui le croirait! on dit qu’irrités contre l‘heure De nouveaux Josués, au pied de chaque tour, Tiraient sur les cadrans pour arrêter le jour.

XVI

Auf den Begriff einer Gegenwart, die nicht Übergang ist sondern in der die Zeit einsteht und zum Stillstand gekommen ist, kann der historische Materialist nicht verzichten. Denn dieser Begriff definiert eben die Gegenwart, in der er für seine Person Geschichte schreibt. Der Historismus stellt das ´ewige´ Bild der Vergangenheit, der historische Materialist eine Erfahrung mit ihr, die einzig dasteht. Er überläßt es andern, bei der Hure ´Es war einmal´ im Bordell des Historismus sich auszugeben. Er bleibt seiner Kräfte Herr: Manns genug, das Kontinuum der Geschichte aufzusprengen.

XVII

Der Historismus gipfelt von rechtswegen in der Universalgeschichte. Von ihr hebt die materialistische Geschichtsschreibung sich methodisch vielleicht deutlicher als von jeder andern ab. Die erstere hat keine theoretische Armatur. Ihr Verfahren ist additiv: sie bietet die Masse der Fakten auf, um die homogene und leere Zeit auszufüllen. Der materialistischen Geschichtsschreibung ihrerseits liegt ein konstruktives Prinzip zugrunde. Zum Denken gehört nicht nur die Bewegung der Gedanken sondern ebenso ihre Stillstellung. Wo das Denken in einer von Spannungen gesättigten Konstellation plötzlich einhält, da erteilt es derselben einen Chock, durch den es sich als Monade kristallisiert. Der historische Materialist geht an einen geschichtlichen Gegenstand einzig und allein da heran, wo er ihm als Monade entgegentritt. In dieser Struktur erkennt er das Zeichen einer messianischen Stillstellung des Geschehens, anders gesagt, einer revolutionären Chance im Kampfe für die unterdrückte Vergangenheit. Er nimmt sie wahr, um eine bestimmte Epoche aus dem homogenen Verlauf der Geschichte herauszusprengen; so sprengt er ein bestimmtes Leben aus der Epoche, so ein bestimmtes Werk aus dem Lebenswerk. Der Ertrag seines Verfahrens besteht darin, daß im Werk das Lebenswerk, im Lebenswerk die Epoche und in der Epoche der gesamte Geschichtsverlauf aufbewahrt ist und aufgehoben. Die nahrhafte Frucht des historisch Begriffenen hat die Zeit als den kostbaren, aber des Geschmacks entratenden Samen in ihrem Innern.

XVIII

»Die kümmerlichen fünf Jahrzehntausende des homo sapiens«, sagt ein neuerer Biologe, »stellen im Verhältnis zur Geschichte des organischen Lebens auf der Erde etwas wie zwei Sekunden am Schluß eines Tages von vierundzwanzig Stunden dar. Die Geschichte der zivilisierten Menschheit vollends würde, in diesen Maßstab eingetragen, ein Fünftel der letzten Sekunde der letzten Stunde füllen.« Die Jetztzeit, die als Modell der messianischen in einer ungeheueren Abbreviatur die Geschichte der ganzen Menschheit zusammenfaßt, fällt haarscharf mit der Figur zusammen, die die Geschichte der Menschheit im Universum macht.

– ANHANG –

A

Der Historismus begnügt sich damit, einen Kausalnexus von verschiedenen Momenten der Geschichte zu etablieren. Aber kein Tatbestand ist als Ursache eben darum bereits ein historischer. Er ward das, posthum, durch Begebenheiten, die durch Jahrtausende von ihm getrennt sein mögen. Der Historiker, der davon ausgeht, hört auf, sich die Abfolge von Begebenheiten durch die Finger laufen zu lassen wie einen Rosenkranz. Er erfaßt die Konstellation, in die seine eigene Epoche mit einer ganz bestimmten früheren getreten ist. Er begründet so einen Begriff der Gegenwart als der ´Jetztzeit´, in welcher Splitter der messianischen eingesprengt sind.

B

Sicher wurde die Zeit von den Wahrsagern, die ihr abfragten, was sie in ihrem Schoße birgt, weder als homogen noch als leer erfahren. Wer sich das vor Augen hält, kommt vielleicht zu einem Begriff davon, wie im Eingedenken die vergangene Zeit ist erfahren worden: nämlich ebenso. Bekanntlich war es den Juden untersagt, der Zukunft nachzuforschen. Die Thora und das Gebet unterweisen sie dagegen im Eingedenken. Dieses entzauberte ihnen die Zukunft, der die verfallen sind, die sich bei den Wahrsagern Auskunft holen. Den Juden wurde die Zukunft aber darum doch nicht zur homogenen und leeren Zeit. Denn in ihr war jede Sekunde die kleine Pforte, durch die der Messias treten konnte.

***

On the Concept of History

(An English Translation)

Source: http://www.efn.org/~dredmond/Theses_on_History.html;
Translation: © 2005 Dennis Redmond;
CopyLeft: translation used with permission, Creative Commons (Attribute & ShareAlike);
Original German: Gesammelten Schriften I:2. Suhrkamp Verlag. Frankfurt am Main, 1974;
Transcribed: by Andy Blunden.

Translator’s Note: Jetztzeit was translated as “here-and-now,” in order to distinguish it from its polar opposite, the empty and homogenous time of positivism. Stillstellung was rendered as “zero-hour,” rather than the misleading “standstill”; the verb “stillstehen” means to come to a stop or standstill, but Stillstellung is Benjamin’s own unique invention, which connotes an objective interruption of a mechanical process, rather like the dramatic pause at the end of an action-adventure movie, when the audience is waiting to find out if the time-bomb/missile/terrorist device was defused or not).


I

It is well-known that an automaton once existed, which was so constructed that it could counter any move of a chess-player with a counter-move, and thereby assure itself of victory in the match. A puppet in Turkish attire, water-pipe in mouth, sat before the chessboard, which rested on a broad table. Through a system of mirrors, the illusion was created that this table was transparent from all sides. In truth, a hunchbacked dwarf who was a master chess-player sat inside, controlling the hands of the puppet with strings. One can envision a corresponding object to this apparatus in philosophy. The puppet called “historical materialism” is always supposed to win. It can do this with no further ado against any opponent, so long as it employs the services of theology, which as everyone knows is small and ugly and must be kept out of sight.

II

“Among the most noteworthy characteristics of human beings,” says Lotze, “belongs… next to so much self-seeking in individuals, the general absence of envy of each present in relation to the future.” This reflection shows us that the picture of happiness which we harbor is steeped through and through in the time which the course of our own existence has conferred on us. The happiness which could awaken envy in us exists only in the air we have breathed, with people we could have spoken with, with women who might have been able to give themselves to us. The conception of happiness, in other words, resonates irremediably with that of resurrection [Erloesung: transfiguration, redemption]. It is just the same with the conception of the past, which makes history into its affair. The past carries a secret index with it, by which it is referred to its resurrection. Are we not touched by the same breath of air which was among that which came before? is there not an echo of those who have been silenced in the voices to which we lend our ears today? have not the women, who we court, sisters who they do not recognize anymore? If so, then there is a secret protocol [Verabredung: also appointment] between the generations of the past and that of our own. For we have been expected upon this earth. For it has been given us to know, just like every generation before us, a weak messianic power, on which the past has a claim. This claim is not to be settled lightly. The historical materialist knows why.

III

The chronicler, who recounts events without distinguishing between the great and small, thereby accounts for the truth, that nothing which has ever happened is to be given as lost to history. Indeed, the past would fully befall only a resurrected humanity. Said another way: only for a resurrected humanity would its past, in each of its moments, be citable. Each of its lived moments becomes a citation a l’ordre du jour [order of the day] – whose day is precisely that of the Last Judgment.

IV

Secure at first food and clothing, and the kingdom of God will come to you of itself. – Hegel, 1807

The class struggle, which always remains in view for a historian schooled in Marx, is a struggle for the rough and material things, without which there is nothing fine and spiritual. Nevertheless these latter are present in the class struggle as something other than mere booty, which falls to the victor. They are present as confidence, as courage, as humor, as cunning, as steadfastness in this struggle, and they reach far back into the mists of time. They will, ever and anon, call every victory which has ever been won by the rulers into question. Just as flowers turn their heads towards the sun, so too does that which has been turn, by virtue of a secret kind of heliotropism, towards the sun which is dawning in the sky of history. To this most inconspicuous of all transformations the historical materialist must pay heed.

V

The true picture of the past whizzes by. Only as a picture, which flashes its final farewell in the moment of its recognizability, is the past to be held fast. “The truth will not run away from us” – this remark by Gottfried Keller denotes the exact place where historical materialism breaks through historicism’s picture of history. For it is an irretrievable picture of the past, which threatens to disappear with every present, which does not recognize itself as meant in it.

VI

To articulate what is past does not mean to recognize “how it really was.” It means to take control of a memory, as it flashes in a moment of danger. For historical materialism it is a question of holding fast to a picture of the past, just as if it had unexpectedly thrust itself, in a moment of danger, on the historical subject. The danger threatens the stock of tradition as much as its recipients. For both it is one and the same: handing itself over as the tool of the ruling classes. In every epoch, the attempt must be made to deliver tradition anew from the conformism which is on the point of overwhelming it. For the Messiah arrives not merely as the Redeemer; he also arrives as the vanquisher of the Anti-Christ. The only writer of history with the gift of setting alight the sparks of hope in the past, is the one who is convinced of this: that not even the dead will be safe from the enemy, if he is victorious. And this enemy has not ceased to be victorious.

VII

Think of the darkness and the great cold
In this valley, which resounds with misery.
– Brecht, Threepenny Opera

Fustel de Coulanges recommended to the historian, that if he wished to reexperience an epoch, he should remove everything he knows about the later course of history from his head. There is no better way of characterizing the method with which historical materialism has broken. It is a procedure of empathy. Its origin is the heaviness at heart, the acedia, which despairs of mastering the genuine historical picture, which so fleetingly flashes by. The theologians of the Middle Ages considered it the primary cause of melancholy. Flaubert, who was acquainted with it, wrote: “Peu de gens devineront combien il a fallu être triste pour ressusciter Carthage.” [Few people can guess how despondent one has to be in order to resuscitate Carthage.] The nature of this melancholy becomes clearer, once one asks the question, with whom does the historical writer of historicism actually empathize. The answer is irrefutably with the victor. Those who currently rule are however the heirs of all those who have ever been victorious. Empathy with the victors thus comes to benefit the current rulers every time. This says quite enough to the historical materialist. Whoever until this day emerges victorious, marches in the triumphal procession in which today’s rulers tread over those who are sprawled underfoot. The spoils are, as was ever the case, carried along in the triumphal procession. They are known as the cultural heritage. In the historical materialist they have to reckon with a distanced observer. For what he surveys as the cultural heritage is part and parcel of a lineage [Abkunft: descent] which he cannot contemplate without horror. It owes its existence not only to the toil of the great geniuses, who created it, but also to the nameless drudgery of its contemporaries. There has never been a document of culture, which is not simultaneously one of barbarism. And just as it is itself not free from barbarism, neither is it free from the process of transmission, in which it falls from one set of hands into another. The historical materialist thus moves as far away from this as measurably possible. He regards it as his task to brush history against the grain.

VIII

The tradition of the oppressed teaches us that the “emergency situation” in which we live is the rule. We must arrive at a concept of history which corresponds to this. Then it will become clear that the task before us is the introduction of a real state of emergency; and our position in the struggle against Fascism will thereby improve. Not the least reason that the latter has a chance is that its opponents, in the name of progress, greet it as a historical norm. – The astonishment that the things we are experiencing in the 20th century are “still” possible is by no means philosophical. It is not the beginning of knowledge, unless it would be the knowledge that the conception of history on which it rests is untenable.

IX

My wing is ready to fly
I would rather turn back
For had I stayed mortal time
I would have had little luck.
– Gerhard Scholem, “Angelic Greetings”

There is a painting by Klee called Angelus Novus. An angel is depicted there who looks as though he were about to distance himself from something which he is staring at. His eyes are opened wide, his mouth stands open and his wings are outstretched. The Angel of History must look just so. His face is turned towards the past. Where we see the appearance of a chain of events, he sees one single catastrophe, which unceasingly piles rubble on top of rubble and hurls it before his feet. He would like to pause for a moment so fair [verweilen: a reference to Goethe’s Faust], to awaken the dead and to piece together what has been smashed. But a storm is blowing from Paradise, it has caught itself up in his wings and is so strong that the Angel can no longer close them. The storm drives him irresistibly into the future, to which his back is turned, while the rubble-heap before him grows sky-high. That which we call progress, is this storm.

X

The objects which the monastic rules assigned to monks for meditation had the task of making the world and its drives repugnant. The mode of thought which we pursue today comes from a similar determination. It has the intention, at a moment wherein the politicians in whom the opponents of Fascism had placed their hopes have been knocked supine, and have sealed their downfall by the betrayal of their own cause, of freeing the political child of the world from the nets in which they have ensnared it. The consideration starts from the assumption that the stubborn faith in progress of these politicians, their trust in their “mass basis” and finally their servile subordination into an uncontrollable apparatus have been three sides of the same thing. It seeks to give an idea of how dearly it will cost our accustomed concept of history, to avoid any complicity with that which these politicians continue to hold fast to.

XI

The conformism which has dwelt within social democracy from the very beginning rests not merely on its political tactics, but also on its economic conceptions. It is a fundamental cause of the later collapse. There is nothing which has corrupted the German working-class so much as the opinion that they were swimming with the tide. Technical developments counted to them as the course of the stream, which they thought they were swimming in. From this, it was only a step to the illusion that the factory-labor set forth by the path of technological progress represented a political achievement. The old Protestant work ethic celebrated its resurrection among German workers in secularized form. The Gotha Program [dating from the 1875 Gotha Congress] already bore traces of this confusion. It defined labor as “the source of all wealth and all culture.” Suspecting the worst, Marx responded that human being, who owned no other property aside from his labor-power, “must be the slave of other human beings, who… have made themselves into property-owners.” Oblivious to this, the confusion only increased, and soon afterwards Josef Dietzgen announced: “Labor is the savior of modern times… In the… improvement… of labor… consists the wealth, which can now finally fulfill what no redeemer could hitherto achieve.” This vulgar-Marxist concept of what labor is, does not bother to ask the question of how its products affect workers, so long as these are no longer at their disposal. It wishes to perceive only the progression of the exploitation of nature, not the regression of society. It already bears the technocratic traces which would later be found in Fascism. Among these is a concept of nature which diverges in a worrisome manner from those in the socialist utopias of the Vormaerz period [pre-1848]. Labor, as it is henceforth conceived, is tantamount to the exploitation of nature, which is contrasted to the exploitation of the proletariat with naïve self-satisfaction. Compared to this positivistic conception, the fantasies which provided so much ammunition for the ridicule of Fourier exhibit a surprisingly healthy sensibility. According to Fourier, a beneficent division of social labor would have the following consequences: four moons would illuminate the night sky; ice would be removed from the polar cap; saltwater from the sea would no longer taste salty; and wild beasts would enter into the service of human beings. All this illustrates a labor which, far from exploiting nature, is instead capable of delivering creations whose possibility slumbers in her womb. To the corrupted concept of labor belongs, as its logical complement, that nature which, as Dietzgen put it, “is there gratis [for free].”

XII

We need history, but we need it differently from the spoiled lazy-bones in the garden of knowledge.
– Nietzsche, On the Use and Abuse of History for Life

The subject of historical cognition is the battling, oppressed class itself. In Marx it steps forwards as the final enslaved and avenging class, which carries out the work of emancipation in the name of generations of downtrodden to its conclusion. This consciousness, which for a short time made itself felt in the “Spartacus” [Spartacist splinter group, the forerunner to the German Communist Party], was objectionable to social democracy from the very beginning. In the course of three decades it succeeded in almost completely erasing the name of Blanqui, whose distant thunder [Erzklang] had made the preceding century tremble. It contented itself with assigning the working-class the role of the savior of future generations. It thereby severed the sinews of its greatest power. Through this schooling the class forgot its hate as much as its spirit of sacrifice. For both nourish themselves on the picture of enslaved forebears, not on the ideal of the emancipated heirs.

XIII

Yet every day our cause becomes clearer and the people more clever.
– Josef Dietzgen, Social Democratic Philosophy

Social democratic theory, and still more the praxis, was determined by a concept of progress which did not hold to reality, but had a dogmatic claim. Progress, as it was painted in the minds of the social democrats, was once upon a time the progress of humanity itself (not only that of its abilities and knowledges). It was, secondly, something unending (something corresponding to an endless perfectibility of humanity). It counted, thirdly, as something essentially unstoppable (as something self-activating, pursuing a straight or spiral path). Each of these predicates is controversial, and critique could be applied to each of them. This latter must, however, when push comes to shove, go behind all these predicates and direct itself at what they all have in common. The concept of the progress of the human race in history is not to be separated from the concept of its progression through a homogenous and empty time. The critique of the concept of this progress must ground the basis of its critique on the concept of progress itself.

XIV

Origin is the goal [Ziel: terminus].
– Karl Kraus, Worte in Versen I [Words in Verse]

History is the object of a construction whose place is formed not in homogenous and empty time, but in that which is fulfilled by the here-and-now [Jetztzeit]. For Robespierre, Roman antiquity was a past charged with the here-and-now, which he exploded out of the continuum of history. The French revolution thought of itself as a latter day Rome. It cited ancient Rome exactly the way fashion cites a past costume. Fashion has an eye for what is up-to-date, wherever it moves in the jungle [Dickicht: maze, thicket] of what was. It is the tiger’s leap into that which has gone before. Only it takes place in an arena in which the ruling classes are in control. The same leap into the open sky of history is the dialectical one, as Marx conceptualized the revolution.

XV

The consciousness of exploding the continuum of history is peculiar to the revolutionary classes in the moment of their action. The Great Revolution introduced a new calendar. The day on which the calendar started functioned as a historical time-lapse camera. And it is fundamentally the same day which, in the shape of holidays and memorials, always returns. The calendar does not therefore count time like clocks. They are monuments of a historical awareness, of which there has not seemed to be the slightest trace for a hundred years. Yet in the July Revolution an incident took place which did justice to this consciousness. During the evening of the first skirmishes, it turned out that the clock-towers were shot at independently and simultaneously in several places in Paris. An eyewitness who may have owed his inspiration to the rhyme wrote at that moment:

Qui le croirait! on dit,
qu’irrités contre l’heure
De nouveaux Josués
au pied de chaque tour,
Tiraient sur les cadrans
pour arrêter le jour.

[Who would’ve thought! As though
Angered by time’s way
The new Joshuas
Beneath each tower, they say
Fired at the dials
To stop the day.]

XVI

The historical materialist cannot do without the concept of a present which is not a transition, in which time originates and has come to a standstill. For this concept defines precisely the present in which he writes history for his person. Historicism depicts the “eternal” picture of the past; the historical materialist, an experience with it, which stands alone. He leaves it to others to give themselves to the whore called “Once upon a time” in the bordello of historicism. He remains master of his powers: man enough, to explode the continuum of history.

XVII

Historicism justifiably culminates in universal history. Nowhere does the materialist writing of history distance itself from it more clearly than in terms of method. The former has no theoretical armature. Its method is additive: it offers a mass of facts, in order to fill up a homogenous and empty time. The materialist writing of history for its part is based on a constructive principle. Thinking involves not only the movement of thoughts but also their zero-hour [Stillstellung]. Where thinking suddenly halts in a constellation overflowing with tensions, there it yields a shock to the same, through which it crystallizes as a monad. The historical materialist approaches a historical object solely and alone where he encounters it as a monad. In this structure he cognizes the sign of a messianic zero-hour [Stillstellung] of events, or put differently, a revolutionary chance in the struggle for the suppressed past. He perceives it, in order to explode a specific epoch out of the homogenous course of history; thus exploding a specific life out of the epoch, or a specific work out of the life-work. The net gain of this procedure consists of this: that the life-work is preserved and sublated in the work, the epoch in the life-work, and the entire course of history in the epoch. The nourishing fruit of what is historically conceptualized has time as its core, its precious but flavorless seed.

XVIII

“In relation to the history of organic life on Earth,” notes a recent biologist, “the miserable fifty millennia of homo sapiens represents something like the last two seconds of a twenty-four hour day. The entire history of civilized humanity would, on this scale, take up only one fifth of the last second of the last hour.” The here-and-now, which as the model of messianic time summarizes the entire history of humanity into a monstrous abbreviation, coincides to a hair with the figure, which the history of humanity makes in the universe.

(Addendum)

A

Historicism contents itself with establishing a causal nexus of various moments of history. But no state of affairs is, as a cause, already a historical one. It becomes this, posthumously, through eventualities which may be separated from it by millennia. The historian who starts from this, ceases to permit the consequences of eventualities to run through the fingers like the beads of a rosary. He records [erfasst] the constellation in which his own epoch comes into contact with that of an earlier one. He thereby establishes a concept of the present as that of the here-and-now, in which splinters of messianic time are shot through.

B

Surely the time of the soothsayers, who divined what lay hidden in the lap of the future, was experienced neither as homogenous nor as empty. Whoever keeps this in mind will perhaps have an idea of how past time was experienced as remembrance: namely, just the same way. It is well-known that the Jews were forbidden to look into the future. The Torah and the prayers instructed them, by contrast, in remembrance. This disenchanted those who fell prey to the future, who sought advice from the soothsayers. For that reason the future did not, however, turn into a homogenous and empty time for the Jews. For in it every second was the narrow gate, through which the Messiah could enter.


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6 Σχόλια to “Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire”

  1. Το κείμενο, αναμφίβολα ένα από τα σημαντικότερα κείμενα πολιτικής φιλοσοφίας του 20ου αι., γράφτηκε κατά τους πρώτους μήνες του 1940 στα γερμανικά και στάλθηκε ως επιστολή στον Theodor Adorno, τον Gerhard Scholem και την Hannah Arendt. Εν συνεχεία ο ίδιος ο Benjamin το μετάφρασε στα γαλλικά (ουσιαστικά πρόκειται για μια γαλλική παραλλαγή και όχι ακριβώς για μετάφραση, γι αυτό και μιλάμε για version française) και το μοίρασε σε όσους στενούς φίλους του είχαν απομείνει στο Παρίσι όπου είχε καταφύγει από το ‘33. Στις δύο βασικές εκδοχές, γερμανική και γαλλική, προσέθεσα, για όσους δεν γνωρίζουν καμία από τις δύο γλώσσες, και μια αγγλική μετάφραση που βρήκα στο internet. Η χρονική συγκυρία κατά την οποία γράφτηκε το κείμενο (ενώπιον της ναζιστικής προέλασης στην Ευρώπη) η τραγικότητα, ιστορική και υποκειμενική, που εκφράζει (και που θα επισφραγιστεί συμβολικά με την αυτοκτονία του ίδιου του Benjamin στα γαλλοισπανικά σύνορα το Σεπτέμβρη του 1940 προκειμένου να αποφύγει την σύλληψη από τον ναζιστικό στρατό) και η βαθιά πολιτικοθεολογική αλληγορική του διάσταση το καθιστούν οπωσδήποτε επικίνδυνα επίκαιρο… Απ’ όσο γνωρίζω, εκ του μακρόθεν, το κείμενο είναι μεταφρασμένο στα ελληνικά, και μάλιστα κυκλοφόρησε στην εξαιρετική –σχολιασμένη– έκδοση του Michael Löwy:
    http://www.biblionet.gr/main.asp?page=showbook&bookid=90330

  2. […] Parisiens. No.1 par Benjamin Bardou.Voir aussi: le texte original de Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, version de l’auteur en français (1940). Tweet!function(d,s,id){var […]

  3. Une question, qui a fait la traduction au francais? Merci beaucoup.

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